La photographie automobile

entre design et lumière

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Introduction

Depuis 2013, mon travail de photographe s’inscrit au cœur de l’industrie, de l’artisanat et des savoir-faire. J’ai toujours été attirée par les univers où la précision, la maîtrise du geste et l’exigence technique se rencontrent. Métal, verre, bois, cuir ou textile : les matières racontent une histoire dès lors que la lumière révèle leur texture, leur tension et leur caractère.

Au fil des années, cette recherche de perfection m’a naturellement conduite vers de nouveaux défis photographiques. L’automobile s’est imposée comme une évidence. Une carrosserie ne se photographie pas seulement comme un objet : elle se sculpte avec la lumière. Chaque courbe, chaque reflet, chaque détail mécanique exige rigueur, patience et précision.

Ce qui me passionne dans la photographie automobile, c’est justement cette rencontre entre technologie, design et émotion. Derrière chaque voiture, il y a un travail d’ingénierie, un patrimoine, parfois même une personnalité. Mon approche consiste alors à dépasser la simple image descriptive pour créer de véritables portraits mécaniques, où la lumière révèle autant la puissance que l’élégance.

Comment je suis venue à la photographie automobile

La photographie automobile est entrée dans ma vie à une période très particulière : celle du COVID. Comme beaucoup, je me suis retrouvée soudainement avec du temps, enfermée, loin du rythme habituel des commandes et des déplacements. J’ai choisi de mettre cette parenthèse à profit pour me former, explorer de nouveaux univers visuels et nourrir ma curiosité photographique.

Depuis longtemps, j’aimais les défis techniques. Après avoir beaucoup travaillé le cristal incolore sur fond blanc, je me suis demandé quel pouvait être le sujet encore plus complexe à photographier. Très vite, j’ai pensé aux surfaces métalliques, aux courbes, aux reflets, aux carrosseries automobiles. La voiture réunissait tout ce qui me fascinait déjà : la matière, la précision, la lumière et la difficulté technique.

C’est à ce moment-là que j’ai découvert le travail du photographe sud-africain Sarel Van Staden. Ses images ont profondément bouleversé mon regard. Il photographiait les voitures d’une manière totalement différente de ce que l’on voit habituellement dans la photographie automobile : des lignes sculptées par la lumière, des matières presque tactiles, des rendus sobres et élégants où la voiture devenait un véritable portrait.

J’ai d’abord essayé de comprendre seule comment il obtenait ce rendu si particulier, notamment ces surfaces mates et parfaitement maîtrisées qui semblaient absorber la lumière tout en révélant chaque courbe. Puis j’ai suivi ses webinaires et découvert sa technique FDL — Focused Diffused Lighting. Cette approche a ouvert un nouveau champ d’expérimentation dans ma pratique photographique. Elle m’a appris une autre manière d’éclairer, d’observer les volumes et de construire l’image avec patience et précision.

Premiers essais de photographie automobile au showroom de l’Espace H (2020)

En 2020, le Groupe l’Espace H m’a donné l’opportunité de réaliser mes premiers essais de photographie automobile dans son showroom. Cette confiance a été essentielle dans mon apprentissage, car elle m’a permis de passer de la théorie à la pratique sur des véhicules réels, dans un environnement exigeant où chaque reflet devient visible.

À cette période, je cherchais encore à comprendre et maîtriser la technique FDL (Focused Diffused Lighting) découverte à travers le travail de Sarel Van Staden. Mes premiers dispositifs étaient relativement simples : une boîte à lumière, un pied girafe et beaucoup d’expérimentations. Chaque prise de vue demandait du temps, des ajustements minutieux et une observation constante des reflets sur les carrosseries.

Je découvrais alors à quel point photographier une voiture est un exercice complexe. Les surfaces sombres et brillantes réagissent à la moindre source lumineuse. Chaque déplacement de lumière modifie les lignes, révèle ou détruit un volume, accentue ou efface une courbe. Rien n’est laissé au hasard.

Ces premiers essais ont aussi été une leçon d’humilité. Malgré tous mes efforts, je ne retrouvais pas encore ce rendu mat, sculptural et parfaitement maîtrisé qui m’avait fascinée dans les images de Sarel Van Staden. Mais c’est précisément cette difficulté qui m’a poussée à continuer. Comprendre la lumière sur une carrosserie est devenu une véritable recherche photographique.

Expérimenter la lumière automobile chez un collectionneur passionné

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Après avoir suivi les webinaires de Sarel Van Staden, ma manière d’aborder la lumière automobile a profondément changé. J’ai commencé à mieux comprendre la logique de la FDL technique, la façon dont la lumière devait accompagner les lignes plutôt que simplement éclairer le sujet. Les premiers résultats réellement convaincants sont arrivés quelques mois plus tard, lors d’essais réalisés chez un collectionneur passionné. Merci Patrick !

Dans son garage, entourée de voitures anciennes et d’objets soigneusement conservés, j’ai pu expérimenter plus librement cette nouvelle approche photographique. Une PGO, une Peugeot 104, Frog Eye et un Vespa sont devenus mes terrains d’exploration. Je ne cherchais plus seulement à photographier un véhicule, mais à révéler une présence.

Ces séances étaient encore très expérimentales. Je testais les placements de lumière, les angles, les transitions dans les reflets, la manière dont une courbe pouvait apparaître ou disparaître selon quelques centimètres de déplacement de la source lumineuse. Chaque détail comptait : une aile, un chrome, un galbe de carrosserie ou la texture.

C’est aussi à ce moment-là que la photographie automobile a commencé à rejoindre plus profondément ma sensibilité de photographe industrielle. Au-delà de la performance technique, je retrouvais ce qui m’a toujours attirée : la matière, les lignes, le travail des surfaces et cette recherche d’équilibre entre précision et esthétique.

Photographier les voitures anciennes chez Lady Art Car (2021)

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Toujours durant cette période plus calme qui a suivi le COVID, j’ai poursuivi mes recherches photographiques autour de l’automobile en cherchant de nouveaux terrains d’expérimentation. C’est ainsi que j’ai pris contact avec David André, de chez Lady Art Car, connu avec son épouse Céline Paillard pour leur participation à l’émission Vintage Mecanic et pour leurs impressionnants projets de restauration automobile. Leur univers mêlant artisanat, patrimoine mécanique et exigence esthétique faisait profondément écho à ma propre démarche photographique.

Chez Lady Art Car, j’ai découvert bien plus qu’un atelier automobile. J’ai rencontré deux passionnés extrêmement exigeants et complémentaires. Céline Paillard, qui réalise notamment les selleries, possède une sensibilité remarquable pour les matières, les textures et les finitions. David, quant à lui, m’a transmis une manière totalement différente de regarder les lignes d’une voiture.

Lors des prises de vues de l’Austin Healey et de la Triumph TR6, il m’a expliqué quelque chose d’essentiel : la lumière doit suivre les courbes du véhicule et respecter le travail du designer automobile. Un mauvais éclairage peut casser une ligne, alourdir un volume ou détruire l’équilibre visuel imaginé à l’origine. Cette réflexion a profondément changé ma manière d’aborder la photographie automobile. Avant même de placer une source lumineuse, je suis devenue beaucoup plus attentive aux galbes, aux tensions de carrosserie et à la circulation des reflets.

Je me souviens aussi d’un moment très marquant autour de l’intérieur de la Triumph TR6. David m’a montré certaines cicatrices visibles dans le cuir restauré. Des marques naturelles, volontairement conservées à la demande du propriétaire. Il ne voulait pas d’un intérieur artificiellement parfait ; il souhaitait préserver les traces de vie de la matière elle-même, son authenticité, son histoire.

Cette discussion a profondément résonné avec ma propre approche photographique : révéler la matière telle qu’elle est, avec ses tensions, ses irrégularités et sa mémoire.

Cette expérience chez Lady Art Car a marqué une étape importante dans mon parcours. Elle m’a permis de développer une approche plus sensible et plus narrative de la photographie automobile, où la lumière révèle autant les lignes que l’histoire humaine inscrite dans les matières.

Photographier une Bugatti Chiron dans son showroom (2021)

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En 2021, j’ai eu l’opportunité d’obtenir un rendez-vous avec Bugatti pour présenter mon travail photographique et réaliser des essais dans leur showroom autour d’une Bugatti Chiron. Cette rencontre représentait à la fois un immense défi technique et une forme de reconnaissance de mes recherches autour de la photographie automobile.

Pour préparer ce rendez-vous, j’avais construit une présentation mêlant photographie et vidéo autour de mon univers visuel. J’y montrais notamment plusieurs images réalisées chez Lalique, dont l’univers entretient des liens historiques avec Bugatti. J’avais également intégré une vidéo consacrée aux étapes de fabrication de la sculpture de l’éléphant de Rembrandt Bugatti, célèbre emblème qui ornait autrefois certains bouchons de réservoir et que la manufacture Lalique continue aujourd’hui à produire comme œuvre de collection.

Les prises de vues devaient se dérouler directement dans le showroom autour d’une Bugatti Chiron noire. Mais cette journée allait rapidement devenir un véritable défi technique. Le soleil était particulièrement fort, alors que la technique FDL nécessite au contraire une lumière très contrôlée, proche de la pénombre. J’ai donc dû rechercher des angles où la lumière directe ne venait pas frapper la carrosserie. À cela s’ajoutait une autre difficulté : le plafond du showroom, dont la structure évoquait la coque d’un bateau, se reflétait fortement sur les surfaces noires et brillantes de la voiture.

Malgré ces contraintes, j’ai réalisé plusieurs images : une vue de face centrée sur la célèbre calandre en fer à cheval, ainsi que des vues en trois-quarts avant et arrière. Après les essais, j’ai présenté mon parcours, mon approche photographique et mon diaporama.

Lorsque j’ai livré les images, les retours ont été extrêmement positifs. Bugatti a particulièrement apprécié cette approche plus sculpturale et artistique de l’automobile, au point de me demander un devis pour photographier “La Noire”. Mais cette expérience a aussi été une leçon importante. Mes tarifs ont finalement été jugés trop élevés par rapport à ceux de leur photographe habituel, et le projet ne s’est pas concrétisé.

Sur le moment, cet épisode a été difficile à vivre. J’ai même envisagé d’abandonner cette voie tant l’investissement personnel et technique avait été important. Avec le recul, cette rencontre reste pourtant une étape déterminante dans mon parcours : elle m’a confirmé que mon regard photographique pouvait trouver sa place jusque dans les univers automobiles les plus exigeants.

La BMW i8 et une récompense internationale aux Siena Creative Awards (2022)

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En 2022, j’ai poursuivi mes expérimentations autour de la lumière automobile grâce à un ami agriculteur passionné qui possédait une BMW i8.
Merci Jean-Luc !
Pour ce type de photographie inspirée de la technique FDL, il est essentiel de maîtriser totalement les reflets parasites et la lumière ambiante. Les prises de vues ont donc été réalisées à l’abri de la lumière extérieure, dans l’un de ses hangars agricoles transformé pour quelques heures en véritable studio improvisé.

J’y ai réalisé plusieurs images de la voiture : vues de face, angles en trois-quarts, détails de carrosserie et recherches graphiques autour des lignes très sculpturales de la BMW i8. Mais c’est finalement un gros plan de la roue qui allait marquer un tournant inattendu dans ce parcours.

Cette photographie a remporté le premier prix dans la catégorie “Product Photography” des Siena Creative Awards en 2022, concours international de photographie organisé en Italie. Cette récompense a représenté bien plus qu’un prix : elle a confirmé que cette recherche personnelle autour de la lumière, des matières et des surfaces automobiles trouvait un véritable écho au-delà de mes expérimentations initiales.

Ce travail réalisé dans un simple hangar agricole illustre aussi ce que j’aime profondément dans la photographie : transformer un lieu ordinaire en espace de création, et révéler, par la lumière, une esthétique que l’on ne perçoit pas toujours au premier regard.

“Orfèvre mécanique” : une commande photographique pour les Internationaux de Strasbourg (2022)

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En 2022, le Groupe l’Espace H m’a confié une commande photographique destinée à habiller son stand lors des Internationaux de Strasbourg. C’est dans ce contexte qu’est née la série Orfèvre mécanique.

À travers ces images, je ne cherchais plus uniquement à photographier des voitures, mais à révéler les gestes, la précision et le savoir-faire qui entourent l’univers automobile. Mains gantées, pièces mécaniques, matières, textures et détails techniques devenaient les véritables sujets de l’image.

Cette série a marqué une étape plus mature dans mon approche photographique, en créant un lien naturel entre artisanat, mécanique de précision et univers du sport de haut niveau.

Ce que la photographie automobile a changé dans ma pratique

La photographie automobile m’a apporté une nouvelle manière de travailler la lumière. Plus encore que dans d’autres domaines photographiques, elle impose une exigence extrême de précision. Chaque reflet, chaque courbe, chaque transition lumineuse peut révéler une ligne… ou la détruire. 

Au fil de ces expériences, j’ai compris que ce qui me passionnait n’était pas seulement l’automobile elle-même, mais tout ce qu’elle concentre : le design, l’ingénierie, la matière, le geste humain et la mémoire des objets. Une carrosserie devient alors une surface de lumière, un volume à modeler, presque une sculpture industrielle.

Cette approche a également renforcé le lien avec mon travail de photographe industrielle et de savoir-faire. Dans les deux cas, je cherche à révéler ce que l’on ne regarde pas toujours spontanément : la précision d’une fabrication, la tension d’une ligne, la beauté d’une matière ou la trace discrète laissée par la main humaine.

Derrière la mécanique, il y a toujours une émotion. Celle du designer qui imagine une courbe, de l’artisan qui façonne une pièce, du collectionneur qui préserve un véhicule ou du passionné qui voit dans sa voiture bien plus qu’un simple objet technique. C’est cette émotion silencieuse que j’essaie aujourd’hui de faire apparaître dans mes images.

Remerciements

Ce parcours en photographie automobile n’aurait pas existé sans les personnes qui m’ont accordé leur confiance, ouvert leurs ateliers, leurs showrooms, leurs garages ou simplement partagé leur passion avec générosité.

Au-delà des voitures, ce sont surtout ces rencontres humaines qui ont nourri et enrichi ce parcours.

mentions spéciales à Patrick et Jean-Luc.