Photographier le temps : une approche photographique des 3 horloges astronomiques de Strasbourg
Introduction
Photographier le temps, à travers l’horloge astronomique de Strasbourg, ce n’est pas en raconter l’histoire ni en reproduire le discours.
C’est se confronter à un objet conçu pour mesurer le temps, et tenter d’en proposer une lecture visuelle, attentive à la matière, à l’espace et à la lumière.
Ce travail photographique s’appuie sur le livre Les 3 horloges astronomiques de la cathédrale de Strasbourg, écrit par Jean-Pierre Rieb, publié par Gérard Klopp Éditions, et mis en forme par Olivier Simoutre.
L’ouvrage constitue un socle de connaissances et de structure ; les images présentées ici s’en détachent volontairement pour ouvrir un autre champ de lecture, celui du regard.
Chaque paragraphe reprend le titre d’un chapitre du livre, non pour en reprendre le contenu, mais pour inscrire la photographie dans un dialogue avec le temps.
Photographier le temps : le temps mesuré, le temps révélé
Photographier l’horloge commence par la distance.
Vue dans son entier, elle est moins un objet qu’un lieu : une construction du temps enchâssée dans la pierre.
Ces images d’ensemble installent le regard avant qu’il ne s’attarde sur la matière, les mécanismes, les détails.
La deuxième horloge – L’horloge de Dasypodius (1571–1574)
Avec la deuxième horloge, le temps devient image.
Peintures, figures allégoriques, signes astronomiques et cadrans composent un ensemble dense, pensé pour être lu autant que regardé.
Mon regard a été guidé par Jean-Pierre Rieb, qui me montrait les éléments nécessaires pour illustrer ses propos. À partir de ces indications, mon travail photographique s’est attaché à cette dimension visuelle et narrative : isoler des figures, détacher des détails, fragmenter des surfaces pour faire apparaître la complexité de l’ensemble sans en perdre l’équilibre.
À la cathédrale comme au musée de l’Horlogerie du palais des Rohan à Strasbourg, la photographie s’est construite dans ce va-et-vient entre intention éditoriale et regard photographique. Une attention particulière a été portée à la couleur, aux matières peintes, aux volumes sculptés, mais aussi à la lisibilité des signes.
Chaque image cherche à rendre perceptible la coexistence de plusieurs registres — scientifique, symbolique, décoratif — sans hiérarchie, comme un espace de lecture ouvert.
Ici, la photographie ne documente pas : elle organise le regard, en proposant une circulation possible au sein d’un objet conçu pour contenir le monde.
La troisième horloge – L’horloge actuelle (1838–1843)
Avec la troisième horloge, le temps devient mécanique.
Ici, la représentation s’efface au profit du fonctionnement : roues, axes, leviers, poids et échappements organisent un système où chaque élément dépend des autres.
Mon regard a été guidé par Jean-Pierre Rieb, attentif à ce que certaines images rendent lisibles des principes de fonctionnement, des enchaînements mécaniques ou des points de réglage essentiels. La photographie s’est alors construite comme un outil de compréhension visuelle, capable de montrer sans expliquer, de rendre visible sans simplifier.
L’approche photographique privilégie la précision : restitution des volumes, lecture des plans, gestion des reflets sur le métal, perception des rapports d’échelle. Qu’il s’agisse des mécanismes exposés, des parties accessibles de l’horloge ou des détails plus discrets, chaque image cherche à donner accès à une logique interne.
Dans ce dernier état de l’horloge, le temps n’est plus seulement mesuré ni représenté : il est mis en œuvre.
La photographie accompagne ce basculement, en révélant une architecture du mouvement, conçue pour durer.
Conclusion
Mesurer le temps est un acte de précision.
Le photographier relève d’un autre registre : celui de l’attention, de la durée et du regard.
Face à l’horloge astronomique de Strasbourg, la photographie ne cherche ni à expliquer ni à démontrer. Elle accompagne le temps dans ce qu’il a de construit, de mécanique, de sensible. Elle s’attarde sur les surfaces, les volumes, les enchaînements, là où le temps devient visible.
Du monument à la machine, des figures peintes aux rouages, ce travail ne raconte pas l’histoire de l’horloge : il en propose une lecture. Une manière de regarder le temps non comme une abstraction, mais comme une matière patiente, façonnée par des gestes, des savoirs et des regards.
Remerciements
Je tiens à remercier chaleureusement Jean-Pierre Rieb pour la confiance accordée une seconde fois (la première était un petit guide publié aux Éditions du Signe) et pour la qualité du dialogue qui a accompagné ce travail. Son regard d’auteur, précis et exigeant, a guidé le mien et nourri chaque étape de cette exploration photographique.
Mes remerciements vont également à Gérard Klopp, éditeur, pour l’attention portée à cet ouvrage et pour l’engagement éditorial qui a permis la réalisation d’un livre de référence, tant par la rigueur de son contenu que par la qualité de sa fabrication.
Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir cette approche et découvrir l’ensemble des analyses, des illustrations et des documents réunis dans Les 3 horloges astronomiques de la cathédrale de Strasbourg, le livre est disponible à l’achat via la boutique de l’éditeur, l’échoppe Saint-Michel situé au coeur de la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg ou en me contactant.


